Florence de Rochefort a posé la même question à tous les talents du Who’s Human IA 2026. Quelle évolution de l’IA vous semble la plus marquante aujourd’hui ? De ces réponses, elle a tiré un livre blanc remarquable, L’IA et l’humain. Un vrai travail de sélection, de lecture et de réflexion. Je suis fière d’y figurer.
Ma réponse y est citée. Plus l’IA agit, plus il faut savoir où l’on garde la main, où on laisse la machine décider, et ce qu’on accepte de déléguer.
Je la maintiens. Mais je voudrais la prolonger.
LE RISQUE N’EST PAS OÙ ON L’ATTEND
Le débat public imagine une machine qui prendrait le pouvoir. Le scénario le plus probable est moins spectaculaire. Et plus humain.
Nous sommes paresseux quand nous sommes fatigués. Nous redoutons de prendre des responsabilités. Nous aimons qu’un autre tranche à notre place. Rien de tout cela n’est nouveau. Ce qui est nouveau, c’est qu’un outil accepte désormais de trancher pour nous, poliment, à toute heure.
Quand une technologie peut faire à notre place ce que nous n’avons pas envie de faire, pourquoi nous en charger ?
Voilà la vraie question. Ce n’est pas l’IA qui prend le volant. C’est notre confort qui le lui tend.
UNE DÉLÉGATION QUI NE DIT PAS SON NOM
Le livre blanc donne des mots précis à ce glissement. Lucie Dhorne rappelle que nous avons déjà confié le calcul à la calculatrice et l’orientation au GPS. Avec l’IA générative, nous pouvons confier la réflexion elle-même. Hervé Trouillet parle de dette cognitive. Jean-Noël Chaintreuil ajoute que chaque délégation non rappelée creuse un écart entre ce que nous savons décider avec l’IA et ce que nous saurions encore décider sans.
Le mot important est « rappelée ». Déléguer n’est pas un problème. Oublier qu’on a délégué, si.
UN TEST À REFAIRE CHEZ VOUS
Je vous propose une expérience simple. Elle prend dix minutes.
Elle consiste à reprendre trois décisions de votre semaine où l’IA a joué un rôle. Un choix de formulation, une recommandation suivie, une synthèse sur laquelle vous vous êtes appuyé.
Pour chacune, une seule question. Sauriez-vous expliquer pourquoi c’était le bon choix, sans rouvrir la conversation avec l’IA ?
Si oui, vous avez délégué une exécution. Si non, vous avez délégué un jugement. Et c’est probablement votre confort qui en a décidé.
LE JUSTE ÉQUILIBRE
Il ne s’agit pas de se méfier de tout. La méfiance systématique est une autre forme de confort : elle dispense d’apprendre.
Il s’agit de trouver le juste équilibre entre confiance et méfiance, entre ouverture et vigilance. Et de le décider lucidement, plutôt que de le laisser se décider tout seul.
Le livre blanc se clôt sur une question. Quel humain voulons-nous devenir aux côtés de l’IA ? J’y ajoute la mienne, plus modeste.
Où placez-vous votre curseur ?
Le livre blanc se lit en entier, et ses dix principes mériteraient d’être affichés dans chaque comité de direction : L’IA et l’humain, de Florence de Rochefort.
L’humain pilote. L’IA copilote.



